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Traduction autorisé de questions posées à la Foundation for A Course In Miracles (www.facim.org, Fondation pour Un cours en miracles) à Temecula, USA, entre 2002 et 2008 avec leurs réponses.

Liste des questions sur cette page :
81 — Etablir une relation particulière avec le Cours
82 — La nature du rêve, du monde réel et de la dualité
83 — Le Nom de Dieu
84 — Se gorger et d’autres activités nuisibles
85 — Le non-dualisme d’Un cours en miracles et l’Advaïta Védanta
86 — Pourquoi ne pouvons-nous pas projeter un monde différent?
87 — Que veut dire: «Ne jure pas de mourir»?
88 — Comment l’erreur originelle a-t-elle pu se produire?
89 — Qu’est-ce que le vrai Soi, et où se trouve-t-il?
90 — Que signifie: «Je n’ai pas besoin de faire quoi que ce soit»?

81 — Établir une relation particulière avec le Cours

Q: J’ai lu que toutes les relations sont particulières et qu’on peut même avoir une relation particulière avec le Cours. Je me demande souvent si ma relation avec le Cours n’est pas particulière. Comment puis-je savoir si c’est le cas ou non? Et est vraiment un «problème» dont je devrais m’occuper ? (Une des raisons qui me font soupçonner que j’ai peut-être une relation particulière avec le Cours est que je pense souvent que tous les problèmes du monde seraient résolus si seulement tout le monde lisait le Cours.)

R: Oui, toutes les relations sont particulières, y compris notre relation avec le Cours. Ce qui rend le Cours «particulier» est individuel et se présente sous différentes formes, mais en général cela comporte la croyance que la forme du Cours a un pouvoir particulier de répondre à nos besoins particuliers. Une autre forme fréquente que prend la particularité des étudiants est de se croire «particuliers» et souvent même «supérieurs» aux croyants d’autres formes traditionnelles de spiritualité. Cette particularité inclut la raison que vous donnez – que tout le monde devrait lire le Cours. Et avec cela vous avez répondu vous-même à la première partie de votre question. Comme Jésus nous explique dans le manuel pour enseignants: «Il y a un Cours pour chaque enseignant de Dieu. La forme du Cours varie grandement. Ainsi que les différentes aides à l’enseignement…  Ceci est le manuel d’un curriculum particulier, destiné aux enseignants d’une forme particulière du cours universel. Il y a plusieurs milliers d’autres formes, qui ont toutes le même résultat» (M-1.3:1-3; 4:1-2).

Notre relation avec le Cours n’est ni plus ni moins un problème que quoi que ce soit d’autre. C’est une occasion de pardonner. L’ego utilise tout à ses fins de séparation et de jugement, y compris le Cours. Toutes nos relations, sans exception, doivent être regardées à la lumière des enseignements du Cours: «…regardons de plus près les relations que l’ego combine, et laissons le Saint-Esprit les juger véritablement. Car il est certain que si tu les examines, tu les Lui offriras avec joie. Ce qu’Il peut en faire, tu ne le sais pas, mais tu deviendras désireux de le découvrir si tu es d’abord désireux de percevoir ce que tu en as fait» (T-15.VII.5:3-5). Il est important de reconnaître la particularité en étant très honnête quant aux sentiments et jugements particuliers qu’elle comporte et de voir comment vous l’utilisez pour être séparé et particulier. Cela s’applique que la particularité prenne la forme de l’amour ou de la haine, parce que le soi-disant amour particulier pour le Cours est la même chose que la haine particulière. Notre particularité à propos du Cours reflète la façon dont nous percevons autrui: ceux que nous «aimons» et qui suivent le Cours comme nous, et ceux que nous «haïssons» qui ne l’étudient pas comme nous ou ne l’étudient pas du tout. Derrière notre particularité vis-à-vis du Cours se tiennent tous nos frères; ainsi le monde est divisé et nos relations sont définies de sorte à répondre à nos besoins. Par conséquent le Cours cadre avec tout le reste dans notre vie et notre monde qui reflète le choix que nous avons fait d’être séparé. Jésus ne nous demande pas d’«aimer» le Cours ou de le prêcher. Il nous demande de l’étudier, de le pratiquer et d’appliquer son enseignement à tout, y compris le Cours même: «N’enseigne pas que je suis mort en vain. Enseigne plutôt que je ne suis pas mort en démontrant que je vis en toi» (T-11.VI.7:3-4).

82 — La nature du rêve, du monde réel et de la dualité

Q: Selon le Cours nous sommes déjà chez nous. Cela voudrait donc dire que nous sommes déjà au Ciel maintenant. Le Ciel n’a ni extérieur ni intérieur. Il est tout. Est-ce que cela signifie que ce monde est dans le Ciel et que le Ciel est dans ce monde ? Est-ce similaire à l’énoncé du Vedanta: l’atman est aussi le brahman ?

R: Le non-dualisme du Cours est un non-dualisme absolu selon lequel la réalité est infinie, sans forme, inchangeable et éternelle ; rien de ce qui est fini ou qui a une forme n’est réel en aucune façon. Cela signifie que l’univers fini et physique n’a aucune réalité. Il est entièrement illusoire. Il y a d’autres systèmes non duels qui placent le monde dans l’être de Dieu. Ce sont les différentes formes de panthéisme – de l’orient comme de l’occident – qui attribuent une réalité au monde, mais pas en tant que création à l’extérieur de l’être de Dieu. Le non-dualisme du Cours est absolu et n’accorde aucune réalité à la multiplicité finie. Ainsi la réalité est parfaite Unité: «…rien en dehors de cette Unité, et rien d’autre au-dedans» (T-18.VI.1:6). En disant: «Le monde a été fait comme attaque contre Dieu» (L-II.3.2:1), Jésus précise que le monde n’est ni en Dieu, ni de Dieu.

Ceci est le fondement métaphysique de la phrase surprenante: «Tu es chez toi en Dieu, rêvant d’exil mais parfaitement capable de t’éveiller à la réalité» (T-10.I.2:1), et c’est pourquoi Jésus demande: «Qui est ce “toi” qui vis dans ce monde ?» (T-4.II.11:8). Le Cours entier s’adresse à un esprit hors du temps et de l’espace qui a choisi de nier sa véritable Identité en tant qu’extension sans forme de sa Source infinie et est «devenu» une entité individualisée limitée par le temps et l’espace. En même temps, cet esprit masque le souvenir de sa véritable Identité de Fils unique de Dieu. Comme l’enseigne le Cours, cela ne pourrait se produire que dans un rêve ou un fantasme, mais pas dans la réalité. Par conséquent, nous n’avons aucune réalité, tels que nous nous connaissons en ce monde. Tout ce qu’il y a est Dieu et l’extension non différenciée, éternelle, inchangeable et parfaite de Son être infini, une réalité qui n’a pas de contrepartie dans le monde et qui ne peut pas être comprise en ce monde.

«Il n’en est pas un dormant et rêvant dans le monde qui se souvienne de son attaque contre lui-même. Nul ne croit qu’il y eut réellement un temps où il ne connaissait rien du corps et n’aurait jamais pu concevoir que ce monde fût réel. Il aurait vu aussitôt que ces idées sont une seule illusion, trop ridicule pour ne pas en rire. Comme elles paraissent sérieuses maintenant ! Et nul ne peut se souvenir d’un temps où elles auraient rencontré le rire et l’incrédulité» (T-27.VIII.5:4-8).

Le Cours enseigne qu’il est impossible de se séparer de l’infini, de la totalité. Dieu crée uniquement pareil à Lui-même. Par conséquent, Ses créations partagent Son être, mais sans jamais être moins que Lui: «Or le Fils de Dieu tel qu’Il l’a créé pourrait-il demeurer dans une forme ou dans un monde de formes ?» (C-2.2:4). En ce sens, les enseignements du Cours sont similaires à l’énoncé du Vedanta stipulant que l’atman est le brahman, comme il en est fait écho dans un autre passage: «Ce qu’Il crée n’est pas à part de Lui, et nulle part le Père ne finit et le Fils ne commence comme quelque chose de séparé de Lui» (L-I.132.12:4).

83 — Le Nom de Dieu

Q: Les leçons 183 et 184 portent sur le Nom de Dieu. Selon ces leçons, c’est un mot qui a une puissance telle que l’on devrait oublier tous les autres mots, parce qu’il apporte une guérison énorme même au monde. Dès le commencement il suggère l’idée d’un nom de famille – on peut donc supposer, puisqu’on parle de Jésus Christ, que le nom de famille de Dieu est Christ. Dans une leçon ultérieure nous lisons que le Nom de Dieu est Amour. J’ai été voir dans les leçons des révisions, mais là encore il n’y a rien à ce sujet. Ma question est au fond celle-ci: quel est le Nom de Dieu?

R: La leçon 183 «J’invoque le Nom de Dieu et le mien» devrait être lue comme une belle poésie où des mots sont utilisés pour nous rappeler ce qui doit se trouver au-delà des mots. Quand il est question de Dieu ayant un Nom, on ne devrait pas prendre cela littéralement. Si on lit attentivement la leçon 184, «Le Nom de Dieu est mon héritage», le sens figuré de la leçon 183 devient plus clair, car l’origine et le but des noms dans le système de pensée de l’ego y sont décrits. En fait, la leçon 184 assure sans équivoque que «Dieu n’a pas de nom» (L-I.184.12:1).

La réalité de Dieu et du Christ se situe au-delà de tous les mots, noms, symboles et concepts. Ils sont tous des produits de la conscience qui perçoit de façon duelle et établit une distinction entre celui qui perçoit et ce qui est perçu, entre un soi et un autre, et qui est donc nécessairement basée sur une croyance à la séparation. Dans la leçon 184 Jésus explique que les noms font partie du plan de l’ego de diviser l’unité de la réalité en des segments séparés et identifiables où un nom est attribué à chaque entité apparemment séparée et soutient son existence indépendante, distincte et pleine de signification. Mais ces divisions sont toutes illusoires (L-I.184:1-6).

Jésus sait toutefois que nous ne comprenons que la séparation et ses effets, et il admet donc que nous avons encore besoin d’utiliser les symboles pendant un certain temps: «Il serait certes étrange si l’on te demandait d’aller au-delà de tous les symboles du monde, et de les oublier à jamais, tout en te demandant d’assumer une fonction d’enseignant. Tu as besoin d’utiliser les symboles du monde pour un temps […] Utilise tous les petits noms et symboles qui décrivent le monde des ténèbres» (L-I.184.9:1-2; 11:1). Mais il veut nous apprendre à reconnaître leur irréalité fondamentale en nous apprenant à donner un but différent aux mots et aux noms. Faire appel au Nom de Dieu est donc une façon symbolique d’exprimer la dernière leçon vers laquelle nous nous dirigeons:  «…toutes choses ne font qu’un, et c’est à cette leçon que prend fin tout apprentissage. Tous les noms sont unifiés; tout espace est empli du reflet de la vérité. Chaque fossé est comblé, et la séparation guérie» (L-I.184.12:2-4). En reconnaissant que le Nom de Dieu est notre Nom, nous acceptons la Correction pour tous les petits noms que nous avons donnés à tout dans le monde, y compris nous-mêmes, nos frères et Dieu. Ainsi ce seul Nom est utilisé de façon symbolique pour défaire tous les petits noms de l’ego, jusqu’à ce que nous soyons prêts à aller au-delà de tous les symboles jusqu’à la réalité qui se trouve au-delà de tous les noms.

84 — Se gorger et d’autres activités nuisibles

Q: J’ai entendu dire que pour enlever la culpabilité de notre esprit faux nous devons inviter le Saint-Esprit dans tout ce que nous faisons, ce qui purifie cette activité de toute culpabilité. Par exemple, si nous faisons des excès alimentaires, nous avons besoin d’inviter le Saint-Esprit chaque fois que nous mangeons afin qu’il n’y ait pas de culpabilité à la suite de cela. C’est la culpabilité qui cause le surpoids et non l’activité elle-même. Mais alors, qu’en est-il de ceux qui frappent leur conjoint ou assassinent des gens? Vous n’allez sûrement pas dire que tant qu’ils ôtent la culpabilité de ces activités et invitent le Saint-Esprit à venir avec eux ils sont absous des conséquences de leurs actes? Comment faire alors pour apprendre à cesser une activité nuisible? Je sais qu’on ne peut pas demander l’aide du Saint-Esprit pour arrêter d’agir ainsi, puisque Dieu ne sait pas ce que c’est que de se gorger de biscuits ou d’envoyer un avion dans le World Trade Center. Il sait seulement que son Fils dort, et Il veut qu’il s’éveille. Mais juste à titre d’exemple, comment pourrais-je m’empêcher de me gorger ou de manger de la «mauvaise» nourriture?

R: Tout d’abord il est important de comprendre ce que veut dire inviter le Saint-Esprit. Si nous invitons le Saint-Esprit dans notre esprit, nous Lui demandons de nous faire participer à Sa perception de tout, et que Son but devienne le nôtre dans tout ce que nous faisons. Si nous pouvions vraiment accepter cela, nous ne verrions plus nos intérêts comme étant séparés de ceux des autres, nous n’essaierions en aucun cas de gagner au détriment d’autrui ni ne verrions de péché en nous, et donc il n’y aurait plus de motivation soit de nous attaquer nous-mêmes ou qui que ce soit d’autre. Étant donné que notre esprit serait délivré de tout conflit et de toute culpabilité, nous ne pourrions plus nous percevoir comme ayant besoin de quoi que ce soit de la part d’autrui ni nous considérer comme leurs victimes. Il n’y aurait plus de culpabilité inconsciente projetée sur notre propre corps ou sur celui d’autrui.

Compte tenu de cela, il semble peu probable que quelqu’un qui participe à la perception et au but du Saint-Esprit fasse quelque chose de violent avec l’intention délibérée d’infliger de la douleur ou de nuire à quelqu’un ou à lui-même. Si nous étions identifiés au système de pensée du Saint-Esprit et étions entièrement sans ego, il serait impossible d’être cruel: «Il n’y a aucune cruauté en Dieu ni aucune en moi» (L-I.170), comme nous apprenons dans la leçon 170. En ce sens là, «purifier une activité de toute culpabilité» signifie purifier notre esprit de la culpabilité en faisant un choix contre l’ego. Alors tout ce que nous ferions serait doux et aimant.

Il est également utile de se rappeler que nous avons tous investi énormément dans notre identité en tant qu’individus et qu’au niveau inconscient nous avons assimilé notre existence au péché. Par conséquent, il n’est pas si facile pour nous d’échanger notre identification à l’ego contre celle au Saint-Esprit. Donc, même si nous croyons L’avoir invité en nous, nous avons tant de réserves cachées que nous finissons par écouter en grande partie notre ego, tout en croyant que c’est le Saint-Esprit. Cependant, après des années d’expérience, la plupart d’entre nous développent une sensibilité plus grande quant à l’importance de notre investissement dans le système de pensée de l’ego et savent que si nous voulions véritablement et sans réserve lâcher prise de notre ego, nous le ferions en un clin d’œil. Mais notre peur est trop grande, et par conséquent nous le faisons petit à petit, dans des instants saints. Cela signifie que nous serons dans notre esprit faux la plupart du temps; alors le processus de guérison consiste à examiner notre esprit faux sans jugement et sans culpabilité. Voilà une autre manière d’inviter le Saint-Esprit dans notre esprit. Nous regardons notre ego sans nous juger nous-mêmes ou les autres d’avoir un ego, en toute confiance que lorsque nous aurons moins peur, nous accepterons la correction.

Compte tenu de tout cela, il est clair que le Cours ne dit pas que nous pouvons faire tout ce que nous souhaitons, que ce soit cruel ou non, tant que nous ne nous en sentons pas coupables. En effet, la culpabilité est toujours le problème, car la culpabilité rend l’erreur réelle et est toujours projetée, ce qui mène à un cycle sans fin de culpabilité et d’attaque. Mais cela ne se traduit pas par l’autorisation de faire tout ce que l’on veut tant qu’il n’y a pas de culpabilité. La culpabilité n’est jamais dans l’activité, elle est dans l’esprit et découle de la décision de croire, par exemple, que nos intérêts sont le mieux servis au détriment des autres, ce qui nous induit à les attaquer, ou de croire que nous méritons d’être punis pour notre péché de nous être séparés de Dieu, ce qui mène à un comportement autodestructeur. La source fondamentale de la culpabilité est notre croyance que nous avons vraiment attaqué Dieu en nous séparant de Lui, et donc chaque fois que nous percevons la séparation comme réelle nous apportons de l’eau au moulin de la culpabilité. C’est donc là où notre attention devrait être dirigée si nous voulons être libérés de culpabilité. C’est un processus qui se passe dans notre esprit.

D’un autre côté, si nous avons déjà fait quelque chose pour nous nuire ou nuire quelqu’un, nous pouvons nous rappeler (sans rationaliser ni justifier ce que nous avons fait) que de nous en sentir coupables n’est ni utile ni curatif: seuls ceux qui ont peur attaquent, donc je dois m’être identifié à mon ego lorsque j’ai attaqué, sinon je n’aurais pas eu peur. Mais avoir peur n’est pas un péché et il n’est donc pas nécessaire que je me sente coupable à cause de ce que j’ai fait. Cela me coûte cher puisque je ne suis pas en paix, mais cela n’a eu aucun effet sur l’amour que Jésus a pour moi. Je sais que je ne peux pas m’attaquer ou attaquer quelqu’un et en même temps ressentir son amour: «Tu ne peux pas entrer en la Présence de Dieu si tu attaques Son Fils» (T-11.IV.5:6), mais je sais aussi qu’il ne cessera pas de m’aimer à cause de ce que j’ai fait. J’ai payé le prix fort, mais cela ne justifie toujours pas que je me sente coupable. C’était une erreur et un jour ma peur aura suffisamment diminué pour que je sois en mesure d’accepter la correction. Ceci est le genre d’honnêteté qui guérit et qui nous fait avancer dans la bonne direction. Se rendre compte du coût de notre attaque contre nous ou contre autrui nous fournit également la motivation pour changer, bien que la tolérance pour la douleur qu’on s’inflige varie d’une personne à l’autre. Néanmoins, nous devons atteindre le point où être heureux est plus précieux que d’avoir raison avant de pouvoir franchir l’étape suivante.

Pour en revenir à votre problème concret: si vous vous nuisez en permanence par vos excès alimentaires ou en mangeant le mauvais genre de nourriture, vous pouvez au moins vous dire que vous savez que ce que vous faites vient de votre ego puisque c’est nuisible et pas gentil, mais à ce moment là vous ne pouvez pas faire mieux, et donc vous n’allez pas empirer les choses en vous jugeant pour cela. Vous pouvez en outre vous rappeler que vous avez sans doute très peur de l’amour de Jésus, alors vous le repoussez sous forme de cette attaque contre vous-même afin de prouver que vous n’êtes pas digne de son amour. En plus, il y a toujours une rancœur cachée derrière cette autodestruction. (Notre livre et notre enregistrement Overeating [en anglais seulement, http://www.facim.org] traite de cette question en détail, au cas où vous ne l’auriez pas déjà lu ou vu.)

La raison pour laquelle nous répétons un comportement destructeur est que nous voulons le résultat qui en découle. Étrangement, comme Jésus nous l’enseigne dans «Les obstacles à la paix» nous sommes attirés par la culpabilité et nous continuons donc à faire tout ce qui nous donne un sentiment de culpabilité (T-19.IV-A.a). C’est pourquoi le Cours se penche tellement sur l’examen du système de pensée de culpabilité dans notre esprit, système que nous avons laissé diriger notre esprit et motiver notre comportement. Parfois, cependant, le plus aimant qu’on puisse faire est d’accepter une thérapie comportementale pour les troubles du comportement alimentaires comme reflet d’une décision d’être plus gentil et moins cruel envers soi-même. C’est un bon point de départ. Mais nous devrons finir par aller au fond du problème si nous voulons que le changement de comportement soit durable.

85 — Le non-dualisme d’Un cours en miracles et l’Advaïta Védanta

Q: Dans le non-dualisme de l’Advaïta oriental, il n’y a pas de place pour des rapports du genre Cause et Effet, Père et Fils, Créateur et Création. Alors pourquoi maintenir qu’Un cours en miracles est essentiellement «non duel»? Est-ce que cela ne prête pas à confusion?

R: Le Cours utilise des termes duels dans son enseignement seulement parce que Jésus sait que le langage de la séparation ou de la dualité est tout ce que nous pouvons comprendre en ce moment. Jésus explique clairement ses intentions quant au langage dans le Cours; pour répondre à votre question, nous allons donc simplement donner la parole à Jésus dans son Cours et citer quelques références pertinentes:

La plus claire est la suivante:

«Puisque tu crois être séparé, le Ciel se présente à toi comme étant séparé aussi. Ce n’est pas qu’il le soit en vérité, mais pour que le lien qui t’a été donné pour te joindre à la vérité puisse t’atteindre par ce que tu comprends. Le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont Un, comme tous tes frères se joignent en ne faisant qu’un dans la vérité. Le Christ et Son Père n’ont jamais été séparés, et le Christ habite en ta compréhension, en la partie de toi qui partage la Volonté de Son Père. Le Saint-Esprit relie l’autre partie – le minuscule souhait fou d’être séparé, différent et particulier – au Christ, pour rendre l’unité claire à ce qui est réellement un. En ce monde cela n’est pas compris mais peut être enseigné: C’est la fonction du Saint-Esprit de t’enseigner comment ressentir cette unité, ce que tu dois faire pour l’expérimenter et où tu dois aller pour le faire.

Tout cela tient compte du temps et du lieu comme s’ils étaient distincts, car tant que tu penses qu’une partie de toi est séparée, le concept d’une Unité jointe en ne faisant qu’Un est in-signifiant. Il est clair qu’un esprit si divisé ne pourrait jamais être l’Enseignant d’une Unité qui unit toutes choses en Elle-même. Ainsi, Ce Qui est au-dedans de cet esprit, et unit toutes choses, doit être son Enseignant. Or Cela doit utiliser le langage [duel] que cet esprit peut comprendre, dans la condition [de séparation] où il pense être» T-25.I.5:1-6; 6:4; 7:1-4 (italiques ajoutés).

Il y a de nombreux autres passages dans le Cours où Jésus démontre clairement que la base métaphysique du Cours est non duelle, malgré le dualisme du langage employé. Par exemple, en parlant du Père et du Fils (des mots qui suggèrent deux Êtres distincts), il dit: «Ce qu’Il [le Père] crée n’est pas à part de Lui, et nulle part le Père ne finit et le Fils ne commence comme quelque chose de séparé de Lui» (L-I.132.12:4).

Et plus loin dans le livre d’exercices il dit: «L’unité est simplement l’idée que Dieu est. Et dans Son Être, Il embrasse toutes choses. Aucun esprit ne contient autre chose que Lui. Nous disons: “Dieu est”, puis nous cessons de parler, car dans cette connaissance les mots sont in-signifiants. Il n’est pas de lèvres pour les prononcer et pas de partie de l’esprit suffisamment distincte pour ressentir qu’il est maintenant conscient de quelque chose qui n’est pas lui-même. Il s’est uni à sa Source. Et comme sa Source même, il est simplement.

Nous ne pouvons ni parler ni écrire à ce sujet, ni même y penser du tout. Cela vient à chaque esprit quand la re-connaissance totale de ce que sa volonté est Celle de Dieu a été complètement donnée et complètement reçue. Cela ramène l’esprit à l’infini présent, où le passé et le futur sont inconcevables. Cela est au-delà du salut, passé toute pensée de temps, de pardon et de la sainte face du Christ [qui sont tous des concepts dualistes]. Le Fils de Dieu a simplement disparu en son Père, comme son Père en Lui. Le monde n’a jamais été du tout. L’éternité reste un état constant» (L-I.169.5,6).

Puis, dans le contexte des rapports de Cause et Effet parmi les groupes de mots duels que vous mentionnez, Jésus commence en des termes apparemment duels, mais finit par rendre la véritable nature non duelle apparente:

«Père, j’ai été créé dans Ton Esprit, une sainte Pensée qui n’a jamais quitté sa demeure. Je suis à jamais Ton Effet, et Tu es pour toujours et à jamais ma Cause. Tel que Tu m’as créé, je suis resté. Là où Tu m’as établi, je demeure encore. Et tous Tes attributs demeurent en moi, parce que c’est Ta Volonté d’avoir un Fils si pareil à sa Cause que la Cause et Son Effet sont indistinguables» (L-II.326.1:1-5).

Tandis qu’une grande partie des enseignements du Cours sont présentés dans un langage duel, il faut comprendre que leur but est de nous mener au-delà de notre croyance à la dualité jusqu’à l’Unité qui est notre seule réalité.

86 — Pourquoi ne pouvons-nous pas projeter un monde différent?

Q: Si le monde n’est qu’une projection de notre esprit, pourquoi ne pouvons-nous pas simplement projeter quelque chose d’autre quand nous le voulons? Pourquoi est-il si difficile de changer les choses dans notre vie?

R: Si nous étions capables de projeter autre chose dans le monde chaque fois que nous le voulons, cela voudrait dire que nous saurions vraiment que nous sommes le «rêveur du rêve» (T-27.VII), et non la figure du rêve dans le monde, figure à laquelle la plupart d’entre nous s’identifient: «Le “héros” du rêve» (T-27.VIII). Le fait que rares sont ceux qui sont en contact avec la puissance de leur esprit est un choix délibéré, une défense contre la culpabilité que nous avons fini par associer à cette puissance.

Jésus parle de notre peur de l’esprit déjà tôt dans le texte: «Rares sont ceux qui apprécient la puissance réelle de l’esprit, et nul n’en reste pleinement conscient tout le temps […] L’esprit est très puissant […] Il est difficile de reconnaître que pensée et croyance combinées font lever une vague si puissante qu’elle peut littéralement transporter des montagnes. À première vue, il paraît arrogant de te croire doté d’un tel pouvoir, mais ce n’est pas la vraie raison pourquoi tu n’y crois pas. Tu préfères croire que tes pensées ne peuvent pas exercer une influence réelle parce qu’en fait tu en as peur. Cela apaise peut-être le sentiment de culpabilité, mais au prix de percevoir l’esprit comme impuissant» (T-2.VI.9:3,5,8-11).

L’esprit avec lequel nous ne sommes pas en contact – et non le soi que nous croyons être – est le lieu où tout le pouvoir de faire tout changement réside. En fait, le soi que nous croyons être n’est qu’une des nombreuses projections de l’esprit avec lequel nous ne sommes pas en contact. Ce petit soi n’a pas de pouvoir du tout – il est simplement un effet et pas une cause.

De plus, la puissance réelle de l’esprit divisé n’est pas le pouvoir de projeter un monde de formes. Ce n’est qu’une défense contre le pouvoir de l’esprit de choisir – le choix étant un choix entre l’ego et le Saint-Esprit et leurs interprétations très différentes de l’idée de séparation. Et c’est justement avec ce pouvoir de choisir que nous avons peur d’entrer en contact, bien que l’existence séparée de l’ego dépende de lui: «L’ego fait preuve d’une énorme ingéniosité pour se préserver, mais elle lui vient de ce même pouvoir de l’esprit que l’ego nie […] L’ego puise pour son existence à la seule source qui soit totalement hostile à son existence. Ayant peur de percevoir le pouvoir de cette source, il est forcé de le déprécier» (T-7.VI.3:1,5-6).

Par conséquent, pour garder profondément enfoui ce pouvoir de choisir, nous acceptons comme réel le pouvoir de notre esprit d’inventer un monde pour nous y cacher, mais tout aussi vite nous cachons ce même pouvoir de notre propre conscience. Car si nous savions vraiment, et pas seulement de façon intellectuelle, que c’est nous qui avons projeté le monde des formes et sommes responsables de tout ce que nous voyons, le monde ne pourrait plus servir comme la défense importante contre l’esprit que nous avons faite à justement cette fin. Or si nous devons être les victimes du monde que nous voyons, nous ne devons plus nous souvenir que nous sommes aussi les faiseurs de ce monde. Dès que nous nous souvenons de notre propre rôle dans le faire du monde, la culpabilité dans l’esprit puisqu’à cause de notre choix de la séparation et l’attaque ne peut plus être cachée. Et lorsque notre culpabilité est découverte, nous pouvons regarder son irréalité avec l’amour de Jésus à nos côtés, et nous n’aurons plus aucun intérêt à continuer à la projeter.

Tout le but du Cours est de nous aider à nous rappeler que nous sommes en fait le rêveur et non la figure dans le rêve afin de pouvoir regarder nos rêves et décider si nous voulons continuer à rêver ou nous éveiller. Mais la plupart d’entre nous, sans vraiment comprendre la nature et les conséquences du choix de poursuivre le rêve de l’ego, veulent continuer à rêver – rêver ce qui, comme nous le croyons, serait un plus beau rêve sous une forme différente dont nous croyons qu’elle nous rendrait heureux. Nous ne nous rendons pas compte que chaque fois que nous croyons savoir ce que nous voulons voir arriver dans le monde des formes, nous sommes nécessairement identifiés à notre ego. Seul l’ego se préoccupe le moindrement de la forme pour que le contenu sous-jacent de haine et de peur reste caché. Avec l’ego comme enseignant, nous ne nous intéressons qu’à changer la forme, croyant que c’est elle qui cause la façon dont nous nous sentons, et nous ignorons le contenu sous-jacent qui est d’avoir choisi l’ego plutôt que le Saint-Esprit. Donc, si nous sommes identifiés à l’ego, nous avons déjà rendu réelles dans notre esprit la culpabilité et la peur, et il nous faut une défense contre elles qui est représentée par le monde. Encore une fois: pour que cette défense fonctionne de manière à ce que nous ne cherchions pas ailleurs la cause de nos souffrances, nous devons oublier que nous avons fait le monde et que nous sommes le rêveur de notre rêve. Le pouvoir de l’esprit de projeter d’autres formes dans le monde n’est donc pas un pouvoir avec lequel nous nous permettrons facilement d’entrer en contact, tellement son rôle est vital en tant que défense inconsciente.

Le but du Cours n’est pas de nous rendre conscients que nous sommes le rêveur du rêve afin de pouvoir projeter d’autres formes dans le rêve chaque fois que nous le voulons. Cela ne servirait aucun but véritablement utile. Le but du Cours est de nous amener à nous tourner vers un autre Enseignant pour qu’Il nous guide dans notre rêve afin que, avec le temps, les choix que nous faisons nous conduisent à l’éveil. Ce changement d’enseignant, de l’ego au Saint-Esprit, est exprimé de façon magnifique dans le passage suivant: «Accepte le rêve qu’Il t’a donné au lieu du tien. Il n’est pas difficile de changer un rêve une fois que le rêveur a été reconnu. Repose dans le Saint-Esprit, et permets à Ses doux rêves de prendre la place de ceux que tu rêvais dans la terreur et dans la peur de la mort. Il apporte des rêves de pardon, dans lesquels le choix n’est pas qui est l’assassin et qui sera la victime. Dans les rêves qu’Il apporte, il n’y a pas de meurtre et il n’y a pas de mort. Le rêve de culpabilité s’efface de ta vue, bien que tes yeux soient fermés. Un sourire est venu éclairer ta face endormie. Le sommeil est paisible maintenant, car ce sont des rêves heureux» (T-27.VII.14).

87 — Que veut dire Ne jure pas de mourir?

Q: «Ne jure pas de mourir, ô saint Fils de Dieu!» Juste au cas où, c’est ce que j’ai fait. Or je n’ai rien à faire pour que la vérité soit vraie. Cette phrase est-elle donc plutôt poétique? Ce serait comme me demander de m’engager envers la vérité, d’y aller?

R: Dans ce passage (T-29.VI.2:1), Jésus parle d’une promesse que nous avons déjà faite, étant donné que nous nous sommes identifiés au système de pensée de l’ego. Son «injonction» a donc une signification très littérale. Il nous dit que nous avons besoin de regarder et de réexaminer notre attraction vers «la “sainte” image cireuse de la mort […] que [nous avions] juré par le sang de ne pas déserter», comme il le décrit de façon si émouvante à la fin du quatrième obstacle à la paix (T-19.IV-D.6:3). Autrement dit, nous avons déjà fait un serment d’allégeance au système de pensée de l’ego, dans lequel la mort, y compris la nôtre, est le point essentiel. Nous avons déjà fait ce serment de croire que le Fils de Dieu n’est pas tel qu’Il L’a créé, invulnérable et éternellement présent dans l’Être de son Père. Cela fait partie du marché que nous avons conclu avec l’ego, afin que notre identité distincte et individuelle soit préservée. Ici Jésus nous demande d’annuler ce marché.

Ce passage est souvent interprété à tort comme si Jésus voulait dire que nous pouvons être immortels en tant qu’êtres humains – comme si la virgule était placée après «jure», ce qui signifierait que nous jurerions de ne jamais mourir [en anglais la phrase se lirait: «Jure, de ne pas mourir» N.d.T.]. Mais une telle interprétation contredirait l’accent prépondérant que Jésus met dans le Cours sur la nature du corps. Pourquoi voudrions-nous rester dans ce qui n’est pas notre demeure? Il serait insane de vouloir rester dans le «corps [qui] n’a pas été fait par l’amour» (T-18.VI.4:7), mais qui en réalité a été fait comme «une limite à l’amour […] afin de limiter l’illimité» (T-18.VIII.1:2-3), et pour incarner le souhait de l’ego de remplacer Dieu: «Le souhait fondamental de l’ego est de remplacer Dieu» (L-I.72.2:1).

88 — Comment l’erreur originelle a-t-elle pu se produire?

Q: Je pense souvent à l’erreur, la pensée originelle, ou quoi qui se soit passé. Pour moi c’est une lutte. Pour quelle raison aurions nous bien pu vouloir nous réfugier dans la peur? Comment cela pouvait-il se produire? Si nous avons été créés à l’image de Dieu, pourquoi cette erreur est-elle survenue? Comment pouvions-nous faire cela? J’aurais cru que nous ne pouvions pas nous ficher en l’air. Tout dans ce Cours me semble juste. C’est le seul système de pensée qui ait du sens sauf que je ne cesse de m’interroger sur cette erreur. Je me sens comme si j’avais échoué, ce qui fait qu’aujourd’hui je me hais. Demain je me sentirai autrement, comme cela arrive si souvent, et comme d’habitude j’oublierai tout en une fraction de seconde.

R: L’«erreur» dont vous parlez est la séparation. La réponse simple à votre question est qu’en fait l’«erreur» n’est jamais survenue. Dans la clarification des termes, Jésus nous dit: «Qui te demande de définir l’ego et d’expliquer comment il a surgi, ne peut être que celui qui le pense réel et cherche par sa définition à garantir que sa nature illusoire soit dissimulée derrière les mots qui semblent le rendre tel» (C-2.2:5). Par conséquent, la question est en fait un énoncé qui implique une croyance à la séparation. Il ne peut pas vraiment y avoir de réponse à la question: «L’ego exigera beaucoup de réponses que ce cours ne donne pas. Il ne reconnaît pas comme question la simple forme d’une question à laquelle une réponse est impossible. L’ego peut bien demander: “Comment l’impossible s’est-il produit?”  “À quoi l’impossible est-il arrivé?” et le demander sous de nombreuses formes. Or il n’y a pas de réponse; seulement une expérience. Ne cherche que cela et ne laisse pas la théologie te retarder» (C-in.4:1-5). La séparation d’avec Dieu est impossible: «Tu ne peux pas parcourir le monde à part de Dieu, parce que tu ne pourrais pas être sans Lui. Il est ce qu’est ta vie. Là où tu es, Il est. Il y a une seule vie. Cette vie, tu la partages avec Lui. Rien ne peut être à part de Lui et vivre» (L-II.156.2 :4-9). L’explication du Cours selon laquelle nous semblons être dans des corps qui parcourent un monde de formes physiques, est que nous dormons et «rêvons d’exil»: «Tu es chez toi en Dieu, rêvant d’exil mais parfaitement capable de t’éveiller à la réalité» (T-10.I.2:1). C’est la seule «explication» pour une situation qui n’existe pas en réalité, une séparation qui ne s’est pas produite et qui ne peut pas se produire.

Cependant, dans notre expérience dans ce rêve nous semblons être bien réels, tout comme tous les personnages dans nos rêves de sommeil semblent être réels jusqu’à ce que nous nous réveillions et nous rendions compte que nous ne faisions que rêver. La raison pour laquelle nous semblons être si réels dans ce rêve est que nous voulons que le rêve soit réel. Nous choisissons activement de nous identifier avec l’individu que nous appelons «moi» dans le rêve, et ce faisant, nous choisissons ce qui semble être la séparation. Il est très important de reconnaître ce choix, et le fait que nous ayons un esprit qui a le pouvoir de choisir est fondamental dans l’enseignement du Cours. La seule explication possible pour le choix de la séparation est que nous soyons attirés par «l’exaltation initiale» qui accompagne le sentiment d’être un individu indépendant. Mais ensuite, nous ressentons instantanément une profonde solitude qui nous force sans cesse à nous compléter pour combler le vide causé par la séparation. Dans notre insanité nous la cherchons à l’extérieur de nous-mêmes: «Nul ne vient ici qui ne doive encore avoir l’espoir, quelque illusion subsistante, ou quelque rêve qu’il y a quelque chose à l’extérieur de lui qui lui apportera le bonheur et la paix» (T-29.VII.2:1).

Cela ne fait pas de nous des ratés. Cela fait de nous des êtres qui se trompent grièvement. La culpabilité que nous ressentons à cause de cette erreur est écrasante et pour cette raison nous appelons l’erreur un «péché», le rendons pratiquement impardonnable et nous haïssons pour cela. Ensuite, nous projetons cette haine sur tous et tout en ce monde. Pour aggraver notre erreur, nous inventons un faux dieu pour pouvoir le blâmer d’avoir fait un monde si douloureux et nous l’accusons d’essayer de nous punir pour ce terrible «péché». Nous n’arrêtons pas de suivre ce cycle sans fin: choix de la séparation, sentiment de culpabilité, projection, blâme, dissimulation et déni. Cela assure le fonctionnement du monde, rend l’erreur réelle dans notre expérience et semble se produire sans aucune responsabilité de notre part. C’est seulement lorsque nous prenons conscience de la souffrance aiguë que cela nous cause et que nous apprenons, grâce à l’enseignement du Cours, à associer la douleur incontestablement à sa source – la séparation – que nous commençons à «choisir autrement». Mais nous devons d’abord assumer la responsabilité du choix. Dans notre insanité nous choisissons sans cesse la séparation, espérant que nous pourrons la faire fonctionner sans douleur. Le Cours nous enseigne à quel point nous nous trompons. Apprendre à faire un autre choix est notre seul espoir et la seule façon de sortir du rêve de séparation. Comme nous pouvons lire dans le texte: «Les épreuves ne sont que des leçons que tu as manqué d’apprendre et qui te sont présentées à nouveau, de sorte que là où tu avais fait le mauvais choix auparavant, tu peux maintenant en faire un meilleur, échappant ainsi de toute la douleur que t’avait apportée ce que tu as choisi auparavant. Dans chaque difficulté, chaque détresse et chaque perplexité, le Christ t’appelle et dit doucement: “Mon frère, choisis à nouveau”» (T-31.VIII.3 :1-2).

89 — Qu’est le vrai Soi, et où se trouve-t-il?

Q: Le Cours dit que nous ne sommes pas notre corps. Le Soi, le Christ, est en nous et nous ne sommes pas dans un corps. Le vrai Soi, le Christ, est dans la Sainteté. Alors où sommes-nous? Si tout est à l’intérieur, mais pas dans un corps, où est-ce? Est-ce un lieu où j’étais avant de devenir un corps? Où est-ce que j’étais avant de prendre une forme corporelle? Est-ce là que sont le Christ et mon vrai Soi? Si la conscience individuelle n’existe pas ici, comment est-ce qu’on connaît le lieu lorsqu’il y est? Ou est-ce que la vraie connaissance voudrait dire ne pas savoir?

R: Nous sommes nettement désavantagés lorsque nous essayons de répondre à ces questions qui sont des questions que chacun se pose. C’est parce que nous n’avons aucun moyen de concevoir ou de comprendre ce qui n’a pas dans de dimensions physiques (quantifiables). Et c’est précisément ce qu’est le Soi qui est le Christ, entièrement au-delà du temps et de l’espace. Donc «où» n’est pas pertinent ici – «où» a toujours des connotations spatiales, tout comme les termes intérieur et extérieur. Nous n’avons ni concept ni langage qui puissent englober la réalité non physique. Et, pour aller plus loin, nous voudrions comprendre un domaine de réalité que nous avons choisi de bannir de notre conscience, ou nous avons complètement changé sa véritable signification. De plus, le corps (c’est-à-dire le cerveau) a été fait expressément pour ne pas comprendre (T-18.IX.4:5). Par conséquent, nous sommes grièvement «handicapés» lorsque nous voulons nous occuper de ces questions qui pourtant sont d’une importance capitale pour nous.

Nous pouvons en effet dire que le Soi, le Christ, n’est nulle part, et c’est «là où» nous étions avant de prendre une forme corporelle; nous n’aurons aucune difficulté de le reconnaître quand nous y retournerons parce que ce n’est pas un lieu, et en plus nous ne l’avons jamais quitté. Bon! Là, vous êtes encore plus confus, alors nous allons voir si nous pouvons démêler tout cela un peu :

Jésus nous dit: «Être sans un corps, c’est être dans notre état naturel» (L-I.72.9:3), mais que «ce que tu as fait pour blesser ton esprit l’a tellement dénaturé qu’il ne se souvient pas de ce qui lui est naturel. Et quand on te dit ce qui est naturel, tu ne peux pas le comprendre» (T-16.II.3:1-2). Telle est notre situation fâcheuse! Nous avons blessé nos esprits en niant que nous avons un esprit et en pensant à la place que nous sommes des corps. Nous continuons de le faire – bien que nous n’ayons pas conscience de faire ces choix – pour que la séparation reste en place. Ainsi, nous croyons que l’existence physique est réelle et que notre véritable Soi est une réalité inconnue et lointaine. Quand nous n’aurons plus besoin de nier notre véritable Identité en tant qu’esprit, en tant que Christ, nous serons simplement ce que nous avons toujours été. Nous ne sommes jamais vraiment «devenus» un corps. Nous demeurons des esprits décideurs qui ne font que se livrer à des fantasmes, ou qui ont des hallucinations selon lesquelles nous sommes autre chose que notre Soi, le Christ. En conséquence, il n’y aura aucun problème à reconnaître «où» nous sommes lorsque nous ne serons plus «dans» un corps, puisque nous ne sommes jamais «dans» un corps du tout. L’esprit choisit seulement de croire qu’il est un corps. Notre corps est juste une idée dans l’esprit, et puisque «les idées ne quittent pas leur source», cela n’a aucune réalité en dehors de l’esprit qui le pense. C’est pourquoi Jésus dirige une telle attention sur le besoin de regarder dans nos esprits avec lui – afin de prendre conscience de ce système de pensée que nous avons choisi pour régir toute notre pensée et perception.

La citation suivante exprime bien certains de ces aspects: «Le voyage à Dieu n’est que le nouveau réveil de la connaissance de là où tu es toujours, et de ce que tu es à jamais. C’est un voyage sans distance vers un but qui n’a jamais changé. La vérité ne peut être qu’expérimentée. Elle ne peut être ni décrite ni expliquée. Je peux te rendre conscient des conditions de la vérité, mais l’expérience est de Dieu. Ensemble nous pouvons remplir ses conditions, mais c’est d’elle-même que la vérité se fera jour en toi» (T-8.VI.9:6-11).

Les conditions dont parle Jésus se rapportent bien sûr au pardon, et c’est pourquoi celui-ci est le thème essentiel de ses enseignements. Un effet majeur de la pratique du pardon est que notre identification au corps faiblit automatiquement petit à petit et est remplacée par des perceptions plus fréquentes de notre unité les uns avec les autres, au-delà du corps. Ainsi, si nous continuons à nous pardonner à nous-mêmes et aux autres, nous allons progressivement reprendre conscience de ce que nous avions nié en croyant être des individus qui vivent dans un monde physique avec des buts et des intérêts séparés et concurrentiels. À mesure que nous remontons l’échelle que la séparation nous a fait descendre (T-28.III.1:2), notre identité change lentement et le genre de questions que vous soulevez s’estompe tout doucement pour finalement disparaître, parce que ces questions viennent de la perspective d’une existence corporelle et individuelle, et cette perspective a changé.

90 — Que veut dire: «Je n’ai pas besoin de faire quoi que ce soit»?

Q: Mes questions se réfèrent à la section du texte intitulée «Je n’ai pas besoin de faire quoi que ce soit» (T-18.VII). Là, on lit: «Il n’est pas nécessaire […] de passer toute une vie en contemplation et en longues périodes de méditation visant au détachement du corps» (T-18.VII.4:9). J’étudie le Cours depuis bon nombre années et j’ai eu des moments de paix profonde en faisant les leçons ou en lisant le texte avec un esprit ouvert et le désir d’écouter. J’ai également étudié la méditation bouddhiste qui ne vise pas au détachement du corps, mais à être entièrement présent. On peut se concentrer sur le souffle ou sur un sentiment et observer ses pensées. Si on le fait en pleine conscience, les pensées passent et l’on peut obtenir un sentiment d’espace, ou au moins de paix – la quiétude provenant du fait d’être devenu calme. Je suis perplexe, puisque de nombreux paragraphes d’Un cours en miracles nous demandent d’«être calme» (T-4.in.2:2), de nous asseoir en silence et d’écarter toutes nos pensées (L-I.183.8:3, 189.7:1). Est-ce que ce n’est pas, du moins en partie, la même chose? Pourriez-vous expliquer comment au juste le Cours veut que nous soyons calmes? Y a-t-il une différence entre les deux?

R: Le calme ou la paix, c’est la même chose – c’est l’expérience faite lorsque nous lâchons prise de toutes nos pensées de séparation et de jugement et que les incessants bavardages de l’ego s’apaisent. La différence entre les deux voies ne repose pas sur l’expérience elle-même, mais sur l’attention que le Cours porte sur notre résistance à cette expérience, et donc sur le processus par lequel cette paix ou ce calme sont atteints.

La question est en fait: pourquoi n’éprouvons-nous pas ce calme tout le temps? Dans la leçon «Je veux la paix de Dieu», Jésus observe: «Dire ces mots, ce n’est rien. Mais les penser vraiment, c’est tout» (L-I.185.1:1-2). Un peu plus loin il dit: «Penser vraiment que tu veux la paix de Dieu, c’est renoncer à tous les rêves […] L’esprit qui pense vraiment que tout ce qu’il veut est la paix doit se joindre à d’autres esprits, car c’est ainsi que s’obtient la paix» (L-I.185.5:1, 6:1).

Voilà pourquoi nous résistons au calme. Dans cette paix, le soi illusoire rêvé que nous croyons vraiment être n’existe plus – nous avons renoncé au rêve de séparation. Ce sont nos pensées de jugement et d’attaque qui maintiennent notre sentiment illusoire d’être un soi séparé, avec d’autres en dehors de ce soi avec qui nous semblons être en conflit – ce qui est l’antithèse de la paix. Et quand nous nous «joignons à d’autres esprits» en relâchant tout jugement, notre soi séparé disparaît tout simplement, au moins pour un instant, jusqu’à ce que notre peur de l’illimité devienne trop grande.

Le Cours, tout en parlant de paix et en nous invitant dans certaines leçons du livre d’exercices à en faire l’expérience par l’apaisement de notre esprit et en devenant calme, met donc l’accent sur le problème de notre résistance et demande de la regarder. La résistance se trouve dans toutes nos projections de culpabilité sur autrui et tout blâme pour notre manque de paix afin de ne jamais voir la culpabilité logée dans notre propre esprit qui constitue le vrai obstacle à la paix. Comme il est souligné dans la section à laquelle vous faites référence, «Je n’ai pas besoin de faire quoi que ce soit» (T-18.VII): «Ta voie sera différente, non quant au but mais quant aux moyens. Une relation sainte est un moyen de gagner du temps» (T-18.VII.5:1-2). Autrement dit, le Cours procède par le pardon de nos relations particulières, de toutes nos projections extérieures de notre culpabilité intérieure qui nous maintiennent en conflit et non en paix.

Si nous voulions vraiment être calmes et en paix, nous le serions. Après tout, la paix est notre héritage naturel: «La paix est l’héritage naturel du pur-esprit. Chacun est libre de refuser d’accepter son héritage, mais il n’est pas libre d’établir quel est son héritage» (T-3.VI.10:1-2). Mais nous nous permettons seulement de brèves lueurs de la paix véritable, comme vous l’avez observé par vos propres expériences. Nous ne voulons pas maintenir ce calme parce que nous en avons peur. Et donc le Cours nous amène au calme par une voie indirecte, l’accent portant sur l’enlèvement des obstacles que nous avons placés entre nous et la paix plutôt que sur une approche directe comme la méditation qui tend à nous faire passer sur notre résistance et ses origines.

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