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Traduction autorisé de questions posées à la Foundation for A Course In Miracles (www.facim.org, Fondation pour Un cours en miracles) à Temecula, USA, entre 2002 et 2008 avec leurs réponses.

Liste des questions sur cette page :
51 — Regarder l’ego avec humilité
52 – Culpabilité face à la souffrance du monde
53 — Essayer d’améliorer le monde extérieur
54 – Qu’en est-il de l’intelligence?
55 a) — Haine secrète à l’encontre des bonnes gens
55 b) — La perle inestimable
56 — Pourquoi choisissons-nous la vie que nous menons?
57 — Le programme en 12 étapes et le Cours
58 — Voir des « appels à l’amour »
59 — Comment pardonner
60 — Dire des pieux mensonges


51— Regarder l’ego avec humilité

Q: La terminologie de Ken Wapnick dans son commentaire sur Le chant de la prière et sur l’utilisation du langage dans le Cours m’intrigue. On y lit: «Ceci… est… un magnifique portrait de la voie du Cours pour pardonner au monde arrogant de la culpabilité, de l’illusion et de particularités précises, en regardant l’ego avec humilité et sans peur.» Comment regarder l’ego avec humilité? Je peux difficilement imaginer de le regarder sans jugement, sans parler de le regarder avec humilité!

R: Regarder l’ego sans jugement c’est le regarder avec humilité. L’ego dans son arrogance voudrait que nous reculions, horrifiés, lorsque nous saisissons l’étendue de ses tromperies, de ses intrigues et de sa méchanceté. Cette horreur vient de l’arrogance de tenter de nous duper au point de penser être sans ego, plus avancés spirituellement que nous ne le sommes en réalité ou que nous sommes capables de nous évaluer nous-mêmes du tout. D’abord, cela demande déjà de l’humilité de reconnaître à quel point nous ne voulons pas de la paix de Dieu, à quel point nous nous accrochons fermement à notre système de croyances, à la poursuite de nos intérêts égoïstes et à notre particularité individuelle. Être choqué et réagir avec désarroi lorsqu’on reconnaît cela relève de l’arrogance. Le Cours nous dit que c’est notre arrogance qui veut que nous ayons une image qui nous rabaisse, niant ainsi notre véritable identité: «L’arrogance fait une image de toi qui n’est pas réelle. C’est cette image qui recule et bat en retraite dans la terreur quand la Voix pour Dieu t’assure que tu as la force, la sagesse et la sainteté d’aller au-delà de toutes les images» (L-I.186.6:1-2). L’une des phrases le plus souvent répétée dans le Cours est: «Je suis tel que Dieu m’a créé» (L-I.94). Dans notre arrogance nous nions cette identité et décidons nous-mêmes qui nous sommes, ce que nous faisons et pourquoi nous le faisons. L’ego nous fait même croire que c’est de l’humilité que de se regarder soi-même comme étant humble et indigne. Le Cours nous enseigne tout le contraire. Il nous dit: «L’humilité consiste à accepter ton rôle dans le salut et à n’en prendre aucun autre» (L-I.61.2:3). Il nous demande d’apprendre à nous voir, nous et tous nos frères et sœurs, comme étant dignes de l’amour de Dieu. Cela demande vraiment de l’humilité de regarder honnêtement, mais calmement, sans jugement, l’arrogance de l’ego, puis, comme il a souvent été dit, le faire avec un sourire. Nous regardons l’ego avec humilité lorsque nous sommes désireux de remettre en question notre point de vue, notre interprétation et notre définition de nous-mêmes, de tous et de tout ce que nous rencontrons. Si nous sommes ensuite désireux de lâcher prise de notre interprétation, nous pouvons nous défaire de l’attitude arrogante de l’ego et accepter la perception du Saint-Esprit. Voilà la véritable humilité.


52 – Culpabilité face à la souffrance du monde  

Q: Est-ce une erreur de ressentir de la culpabilité concernant les événements tragiques dans le monde, par exemple la famine en Afrique? Souvent, lorsque je vois des situations de gens qui souffrent dans des pays plus pauvres, je me sens coupable et pense: «Regarde combien ma vie est facile. Je n’ai vraiment pas de quoi me plaindre!» Est-ce que ma culpabilité dans cette situation est vraiment seulement une tentative pour maintenir un sentiment de particularité et de séparation?

R: Selon le Cours, la culpabilité et le blâme ne sont jamais justifiés. Il est plus que probable, toutefois, que la culpabilité que vous ressentez vient d’une source plus profonde que celle dont vous parlez et ne peut être défaite qu’à ce niveau-là. Chacun d’entre nous ressent un profond sentiment de culpabilité simplement du fait d’être ici. Notre existence en ce monde se fait aux dépens de Dieu, ce dont l’ego nous a convaincus. En substance, nous avons volé le pouvoir créateur de Dieu et nous nous le sommes attribué à nous-mêmes afin de pouvoir diriger nos propres vies dans un monde susceptible de nous donner la particularité et l’individualité qui n’étaient pas disponibles au Ciel. La culpabilité qui en résulte, associée à notre existence ici, est énorme, et elle est délibérément gardée hors de notre conscience par le déni et la projection.

Cette dynamique de la projection nécessite un monde dans lequel des choses terribles surviennent afin que nous puissions percevoir à la fois victimes et agresseurs en dehors de nous plutôt que sur le champ de bataille sanglant dans nos esprits, où nous sommes terrifiés à l’idée que Dieu viendra nous poursuivre comme un ouragan et nous détruire à cause de notre abominable attaque contre Lui. Il y a donc un second niveau de culpabilité dans notre esprit qui vient du fait que nous voulons qu’il y ait de la souffrance dans le monde pour que la défense de notre projection, qui à son tour garde ce système d’existence en dehors du Ciel et de Dieu, reste active.

Même si l’ego nous a assuré que nous serions délivrés de la culpabilité en nous projetant à la fois nous-mêmes ainsi que notre culpabilité hors de l’esprit, nous finissons par nous sentir coupables de toute façon en tant que corps dans un monde de corps. Nous nous sentons coupables quand nous prospérons, car au plus profond de notre esprit nous savons que nous avons obtenu tout cela de façon illégitime. Et nous nous sentons coupables lorsque nous voyons que d’autres ne réussissent pas aussi bien parce qu’à un niveau inconscient nous croyons être responsables de leurs souffrances et de leur pauvreté. Cela nous rappelle notre complicité dans le plan d’obtenir un monde d’afflictions et de problèmes insolubles, afin que nous ne nous souvenions jamais que le seul problème est d’avoir pris la mauvaise décision dans notre esprit et que nous pouvons simplement y retourner, guidés par Jésus ou le Saint-Esprit, et prendre maintenant la bonne décision.

Pour finir, il faut que nous nous méfiions de notre tendance à interpréter les événements uniquement selon leur forme. Autrement dit, la forme extérieure ne peut pas nous dire ce qui se passe sur le chemin d’Expiation d’autrui, c’est-à-dire en ce qui concerne le contenu. Peut-être que la souffrance ou la pauvreté est la leçon qu’utilise cet esprit pour apprendre que le corps n’est pas notre véritable réalité. Nous ne le savons pas, et nous devrions donc faire attention de ne pas juger ce qui nous semble être des malchances. Nous ne pouvons vraiment pas voir l’ensemble du tableau. Il faut également se rappeler que l’un des principes majeurs du Cours est qu’il n’y a pas de hiérarchie d’illusions. L’essentiel, c’est que la bonté et la douceur envers tout le monde, indépendamment de leur situation, devraient être notre principe directeur.


53 — Essayer d’améliorer le monde extérieur

Q: Est-ce s’engager à participer à la politique ou une action sociale renforce indûment le rêve dont nous tentons de nous éveiller? Devrait-on travailler uniquement sur le soi? N’est-ce pas la meilleure façon d’aborder le mal du monde?

R: Tout d’abord, le Cours porte exclusivement sur la guérison de nos esprits, parce que c’est là où notre seul et unique problème et sa solution résident: notre décision d’être séparés et notre capacité de défaire ce choix. «N’oublie pas que la guérison du Fils de Dieu est tout ce à quoi sert le monde» (T-24.VI.4:1). Par conséquent, à un niveau nous pouvons aider le monde le plus efficacement en défaisant la culpabilité dans notre esprit, parce que la projection de cette culpabilité est ce qui a fait le monde et tous ses problèmes et ce qui, aussi, le maintient. Ainsi le monde n’est qu’une idée dans nos esprits et n’a jamais quitté sa source dans nos esprits. Si nous pouvions reconnaître cela entièrement et ensuite défaire la culpabilité, le monde disparaîtrait dans le néant d’où il est venu et nous serions de retour chez nous en Dieu. Puis tu «ne te souviendras de rien dont tu te souviens maintenant» (T-19.IV-D.6:6).

Cependant, parce que nous n’avons pas totalement intégré ce principe, notre expérience nous dit qu’il existe un monde par lequel nous sommes influencés à bien des égards. C’est une partie extrêmement importante de notre rêve et de notre scénario. Par conséquent, à ce niveau-là nous ne pouvons pas l’ignorer ni être indifférent à ou passif envers ce qui se passe dans le monde, tout comme ignorer ou nier les conditions corporelles est une «forme de déni particulièrement indigne» (T-2.IV.3:11). Deux principes peuvent nous guider à ce niveau: 1. Il n’y a pas de hiérarchie d’illusions, et 2. l’essentiel, c’est le but. Donc s’engager dans des domaines politiques ou sociaux ne diffère pas de pratiquer la chirurgie, faire du sport de compétition ou manger et respirer pour rester en vie. En ce sens, on ne peut pas dire que l’un renforce le rêve plus que l’autre. Tout est neutre une fois que nous sommes identifiés à une existence corporelle. C’est seulement lorsque nous considérons le but que nous pouvons nous faire une idée de l’utilité de ce que nous faisons pour notre chemin d’Expiation. S’engager dans des mouvements politiques ou sociaux ou même juste s’arrêter pour aider un blessé lors d’un accident peut soit renforcer la séparation soit la défaire, selon que nous avons choisi l’ego ou Jésus comme enseignant. Autrement dit, ce n’est pas notre comportement qui facilite ou freine notre avancement spirituel. La question essentielle est de savoir si nous avons choisi de voir nos intérêts séparés de quelqu’un d’autre ou comme étant pareils aux siens dans notre esprit.

Rien de tout cela ne devrait être compris comme voulant dire qu’on doit s’engager en politique ou dans des actions à caractère social. C’est entièrement une question de comment on est guidé. En soi, cela ne relève ni de l’esprit juste ni de l’esprit faux d’être actifs dans le monde. Nous devrions juste être vigilants afin de ne pas utiliser les principes du Cours pour justifier notre réserve ou indifférence. C’est vraiment comme marcher sur la corde raide, et cela demande une expérience et une maturité considérable d’intégrer les enseignements du Cours et pourtant faire ce que des gens normaux et compatissants font en tant que citoyens d’un pays.


54 – Qu’en est-il de l’intelligence?

Q: Comment l’intelligence est-elle définie telle qu’elle est utilisée dans le Cours? Est-ce que l’intelligence fait partie de l’ego, ou est-ce qu’elle laisse entrevoir le divin?

R: L’intelligence est une fonction du cerveau. Elle fait donc partie du système opérationnel du corps qui n’est pas à confondre avec l’esprit, lequel n’est pas dans le cerveau et ne n’a pas besoin de l’intelligence. Cela ne veut pas dire que l’esprit ne fait pas usage du cerveau, comme il fait usage du corps dans notre expérience illusoire d’être dans un corps dans cet état de rêve. Les énoncés du Cours sur le corps peuvent donc s’appliquer au cerveau et à l’intelligence. Elle est neutre et peut être utilisée par le Saint-Esprit ou par l’ego pour leurs buts respectifs. Cela s’applique à toute habileté ou compétence attribuée au corps. Le Cours lui-même en donne un exemple par son usage de l’intellect comme forme, utilisant un langage, des principes métaphysiques et des termes psychologiques pour refléter un choix dans l’esprit de se tourner vers l’amour et la vérité qui sont le contenu. C’est une des formes qui aident la Filialité à apprendre à accepter l’amour, mais ce n’est pas la seule forme. Dans le manuel pour enseignants Jésus nous dit: «Ceci est le manuel d’un curriculum particulier, destiné aux enseignants d’une forme particulière du cours universel. Il y a plusieurs milliers d’autres formes, qui ont toutes le même résultat» (M-1.4:1-2).

Cela nous embrouille facilement lorsqu’on parle de cerveau et d’intelligence parce que nous pensons toujours «que [notre] compréhension est une puissante contribution à la vérité et qu’elle en fait ce qu’elle est» (T-18.IV.7:5). Nous estimons beaucoup nos capacités intellectuelles et ne parvenons pas à nous rendre compte que c’est l’esprit qui est la demeure véritable de la pensée et qu’elle n’a rien à voir avec les pensées illusoires produites par nos cerveaux. La guérison de l’esprit par le pardon n’a pas besoin de l’intelligence, mais de désir qui est une fonction de l’esprit. L’esprit peut être désireux et peut en fait faire le choix de guérir sans avoir besoin de l’intellect ou l’intelligence. Sinon la capacité intellectuelle ou l’intelligence seraient de toute évidence requises pour le salut, ce qui exclurait une grande partie de la Filialité, par exemple les handicapés mentaux, ceux qui souffrent de dysfonctionnements du cerveau, les comateux et d’autres. Nous avons certainement tous fait, à un moment donné, l’expérience d’être totalement déroutés par un certain passage, pour constater que lors d’une lecture ultérieure sa signification nous est absolument claire. Notre intelligence n’avait rien à voir avec la confusion ou la clarté. La confusion provenait de notre résistance, la clarté de notre désir. Quelqu’un dont l’intelligence est limitée peut suivre le Cours avec peu de résistance et un grand désir et ainsi être ouvert à l’apprentissage du contenu du Cours: son message d’amour et de pardon. D’autre part, quelqu’un qui est doué intellectuellement peut très bien être bloqué par une énorme résistance et ne pas parvenir à saisir le véritable message du Cours en dépit de sa maîtrise intellectuelle des principes de sa métaphysique. Bien que nous fassions usage de notre cerveau pour lire, étudier et même appliquer les enseignements du Cours dans notre vie, l’activité réelle se déroule dans l’esprit qui choisit de se tourner vers la lumière et la vérité du message du Cours. L’activité intellectuelle reflète ce choix, mais elle n’est pas une condition requise et ne permet certainement pas d’entrevoir le divin. Il y a eu des gens très limités intellectuellement qui ont brillamment reflété la lumière et l’amour dans le monde, tandis que des intellectuels doués se sont retranchés dans les ténèbres de l’ego.

Dans notre étude et pratique du Cours il est évident que c’est l’application de ses principes et le désir sincère qui les rend efficaces pour mener à notre guérison et notre expérience de paix, que l’on comprenne intellectuellement ou non les principes du Cours. Comme nous lisons dans le texte: «Le salut, parfait et complet, ne demande qu’un petit souhait: que ce qui est vrai soit vrai; un petit désir de passer sur ce qui n’est pas là; un petit soupir qui parle pour le Ciel par préférence à ce monde que la mort et la désolation semblent gouverner. En joyeuse réponse, la création s’élèvera au-dedans de toi, pour remplacer le monde que tu vois par le Ciel, entièrement parfait et complet. Qu’est-ce que le pardon, si ce n’est le désir que la vérité soit vraie?» (T-26.VII.10:1-3).


55 a) — Haine secrète à l’encontre des bonnes gens

Q: Pouvez-vous m’aider à comprendre pourquoi nous haïssons nécessairement, en notre for intérieur, ceux qui ont des qualités positives que nous ne possédons pas nous-mêmes, par exemple être très spirituels, désintéressés, pleins de bonté et ainsi de suite?

R: Sur la base de sa «loi», l’ego nous dirait que «tu as ce que tu as pris» (T-23.II.9:3-10). Cette «loi» repose sur la croyance fondamentale de l’ego à la séparation et aux différences. Les différences sont réelles et importantes et ont besoin d’être évaluées (la hiérarchie d’illusions de l’ego). L’origine de cela, cachée dans nos esprits, est notre croyance que nous sommes devenus qui nous sommes en volant notre existence à Dieu. Il ne voulait pas nous donner l’existence particulière et individuelle que nous voulions, alors nous l’avons prise nous-mêmes et L’avons quitté, apparemment détruit et mis «hors jeu». Nous avons justifié ce vol en projetant la responsabilité pour cela en déclarant que Dieu nous avait refusé ce qui nous appartenait légitimement. Tel est la description mythologique du Cours sur l’origine de notre existence. Évidemment, il y a beaucoup d’autres dynamiques et de niveaux à cette histoire, mais c’est l’aspect qui s’applique à votre question.

C’est cette croyance primordiale au sujet de nous-mêmes qui devient la lentille à travers laquelle nous nous percevons les uns les autres. Ainsi, lorsque nous percevons quelqu’un comme ayant des qualités qui nous manquent et que nous aurions voulu avoir, nous concluons automatiquement – quoiqu’inconsciemment – que ces qualités nous appartenaient initialement et qu’elles nous ont été volées. Pour le répéter, cela provient d’une croyance profondément enfouie que nous avons volé à Dieu ce qui nous appartenait légitimement, et cela est une perversion de ce que nous croyons réellement, c’est-à-dire que nous avons brutalement «tué» Dieu afin de pouvoir exister comme nous le voulions, et non pas tels qu’Il nous a créés. Voilà le système de pensée de l’ego. L’autre aspect de cela, c’est que même si nous croyons simplement admirer les qualités des autres, nous sommes secrètement en train de maintenir le système de pensée de séparation de l’ego.

Jésus corrige ces croyances erronées et nous aide à regarder notre besoin de voir les autres comme étant différents de nous, que ce soit dans un sens positif ou dans un sens négatif. Lorsque nous voyons d’où vient ce besoin et arrivons petit à petit à ne l’évaluer que comme une «minuscule et folle idée» digne seulement d’un rire doux, nous sommes prêts à passer à la façon de Jésus de nous percevoir les uns les autres. Il voudrait nous apprendre à nous voir mutuellement comme partageant un intérêt commun, à la fois dans nos esprits faux – motivés par la peur – et dans nos esprits justes – motivés par notre désir de nous joindre à lui pour défaire notre croyance à la séparation. Les différences que nous percevons alors signifieront de moins en moins pour nous et nous serons de plus en plus enclins à voir ce qui nous rend tous pareils. Cependant notre résistance à cela est beaucoup plus grande que nous le croyons. Le monde estime implacablement les «différences qui font une différence», et donc cette invitation à changer notre façon de percevoir sera reçue avec une farouche résistance.

Ce que tout cela signifie en fin de compte, c’est que vous ne pouvez jamais vraiment aimer quelqu’un que vous percevez comme étant différent de vous. Cela mérite beaucoup de réflexion. Un excellent exemple de cela – particulièrement pertinent pour les étudiants du Cours – est Jésus. Comme nous le savons, la bible l’a reconnu comme le «seul Fils» engendré par Dieu, le Fils innocent et sans péché qui devait être sacrifié pour nos péchés. Ainsi il a été dépeint depuis des siècles comme quelqu’un qui est, qualitativement et ontologiquement, différent de nous. Il est difficile de se sentir vraiment proche de quelqu’un qui est si loin au-delà de ce que nous ne pourrions jamais être et qui a été tué à cause de notre peccabilité.

Jésus aborde cet aspect de bien des façons dans le Cours et nous implore essentiellement de voir cette image de lui comme provenant seulement du fait que l’ego est obsédé par la séparation, la culpabilité et le sacrifice. Ce n’est tout simplement pas aimant. C’est l’une des corrections majeures qu’il présente dans son Cours. Il dit qu’il est différent, mais seulement temporairement, et qu’aller «avec lui est tout aussi naturel que d’aller avec un frère que tu connais depuis ta naissance, car c’est certes ce qu’il est» (C-5.5:6). Jésus voudrait nous faire voir notre égalité; l’ego voudrait nous faire voir nos différences.


55 b) — La perle inestimable

Q: Lorsqu’il est question dans le Cours de la «perle inestimable» (T-23.II.11:2) qui, comme nous le croyons, nous a été volée par quelqu’un d’autre, qu’est-ce que cela signifie?

R: Cela est expliqué dans le contexte de la quatrième loi du chaos où Jésus dit: «tu as ce que tu as pris» (T-23.II.9-11). La «perle inestimable» est tout ce dont nous croyons manquer ou dont nous croyons que cela nous fait défaut. En définitive, au niveau ontologique, c’est l’innocence que nous croyons avoir sacrifiée lorsque nous avons choisi notre individualité à la place de notre héritage comme seul Fils de Dieu. Dès lors, nous nous sommes considérés comme des pécheurs et croyons être en conflit avec Dieu Qui viendra sans faute nous chasser et nous punir pour ce que nous avons fait. La «perle inestimable» peut également être considérée comme notre particularité. Cela aussi prend racine dans le sentiment de manque que nous ressentons tous profondément, en plus du sentiment constant que nous sommes en guerre contre Dieu.

Nous éprouvons cette culpabilité (manque d’innocence, manque général) sous différentes formes, par exemple l’insuffisance, la carence, l’infériorité, l’envie, et autres. Et «dans les coulisses», nous sommes toujours en train de blâmer quelqu’un pour ce qui nous manque (projection). Cette dynamique repose en fin de compte sur le principe de l’ego: l’un ou l’autre. Si vous êtes coupable, je suis innocent. Si je suis coupable, vous êtes innocent et je dois faire tout ce que je peux pour vous reprendre cette «perle inestimable» parce qu’elle était à moi et vous me l’avez volée sans aucune justification. Voici le fondement du cannibalisme psychologique dans lequel nous sommes tous engagés, et également, de toute évidence, dans des formes de cannibalisme physique.

Il n’est pas étonnant que Jésus appelle cela les «lois du chaos»?


56 — Pourquoi choisissons-nous la vie que nous menons?

Q: Si, à un niveau, comme le suggère le Cours, nous sommes responsables de notre vie, de nos choix et de nos actes, pourquoi aurions-nous choisi d’être si sots? Pourquoi nous tous ou la plupart d’entre nous ne ferions-nous pas le choix d’entrer en ce monde comme les enfants de parents aimants, spirituels, intelligents, riches et génétiquement sains?

R: Oui, si c’est vraiment mon choix, pourquoi en effet monterais-je les choses de façon si lamentable pour moi-même? La réponse repose sur la compréhension du fait que mon but secret que je cache aussi à moi-même est d’être la victime des autres dans toutes mes relations, afin que je n’entre jamais en contact avec la vraie cause de ma misère. Nous croyons que le monde, à commencer par nos parents et en passant par toutes nos relations ultérieures, est la cause de notre souffrance et de notre malheur. Mais ce n’est pas le cas. Le monde et toutes nos relations sont simplement une diversion astucieuse, montée par nous-mêmes, pour nous cacher à nous-mêmes la vraie source de notre malheur – notre désir dévorant que la séparation soit réelle à tout prix. Mais pourquoi voudrions-nous garder la source réelle cachée? La raison est que nous accordons plus de valeur à notre soi individuel et séparé qu’à tout amour et tout bonheur de l’univers, et nous serions même prêt à tuer pour cela. Seulement, nous préférons ne pas l’admettre. Car si nous le faisions, notre désir serait peut-être plus grand de lâcher prise de notre identification à l’ego et au soi particulier et individuel que nous tous pensons être. Car quelle expérience pourrions nous faire sinon celle de la souffrance, du malheur et du manque d’amour si nous pouvions en réalité nous séparer de l’Amour?

Nous inventons un monde extérieur, à commencer par nos parents, à partir de toute la culpabilité, souffrance, attaque et tout meurtre que nous avons imaginé dans notre esprit – des pensées qui nous semblent très réelles et effrayantes, une fois que nous cherchons à rendre réelle la séparation. Dans le Cours c’est décrit ainsi: «Le monde que tu perçois est un monde de séparation. Peut-être es-tu désireux d’accepter même la mort pour nier ton Père […] il [le monde] est gouverné par le souhait d’être différent de Dieu […] le monde que tu as fait est totalement chaotique, gouverné par des “lois” arbitraires et insensées, et sans aucune sorte de signification. Car il est fait à partir de tout ce que tu ne veux pas, que tu as projeté hors de ton esprit parce que tu en as peur» (T-12.III.9.1-2,5-7).

Le monde est donc l’effet et non la cause de la manière dont nous nous sentons, qu’importe à quel point nous nous sommes convaincus du contraire. Et alors il s’ensuit que si «les pensées d’attaque sont la cause du monde que tu vois, tu dois apprendre que ce sont ces pensées que tu ne veux pas. Rien ne sert de se lamenter sur le monde. Il est inutile d’essayer de changer le monde. Il est incapable de changer parce qu’il est simplement un effet. Mais il est certes utile de changer tes pensées au sujet du monde. Là tu changes la cause. L’effet changera automatiquement» (L-I.23.2:1-7).

Ainsi, même si nous pouvions faire du monde et de toutes nos relations exactement ce nous voulons, les composantes pour ce faire restent toujours le contenu de l’esprit de l’ego, et le but reste le même – me voir en tant que victime avec n’importe qui sauf moi étant responsable de tous mes problèmes et aussi de comment je me sens. C’est cela qui détermine notre expérience dans le monde, indépendamment de la forme que le monde peut prendre, aussi longtemps que nous choisissons le système de pensée de l’ego. Par conséquent, même si je monte ma vie pour être l’enfant «de parents aimants, spirituels, intelligents, riches et génétiquement sains», je ne serai toujours pas heureux. Et je trouverai encore des raisons pour blâmer autrui pour mon malheur, à commencer par mes parents, jusqu’à ce que je sois prêt à demander une autre voie. Cette autre voie comportera le fait de regarder dans mon propre esprit afin de découvrir les blocages que j’ai placés là pour m’empêcher de prendre conscience de la présence de l’amour, afin qu’ils puissent être enlevés (T-in.1:7). Et le bonheur que je connaîtrai alors n’aura rien à voir avec quoi que ce soit dans le monde extérieur, y compris mes parents.


57— Le programme en 12 étapes et le Cours

Q: Depuis peu de temps, je suis un programme en 12 étapes à cause d’une toxicomanie. Cela semble changer les choses en positif. Je sais que Ken a dit que nous devions traiter certains problèmes en fonction du monde, mais seulement pour pouvoir les voir tels qu’ils sont. Y a-t-il autre chose que j’aurais besoin de savoir si je souhaite concilier ce programme qui rend mon problème très réel avec ma poursuite de l’étude du Cours?

R: En général, il est très utile de tenter de résoudre les symptômes de n’importe quelle maladie à laquelle nous sommes confrontés avant d’être prêts de nous occuper des causes sous-jacentes plus profondes de notre détresse avec lesquelles le Cours nous aide à entrer en contact. Si nous avons un problème de santé, par exemple une crise cardiaque ou une appendicite, nous allons d’abord chercher à obtenir l’aide médicale nécessaire afin de soulager les symptômes physiques. De même, si nous sommes piégés dans n’importe quel genre d’addiction ou de comportement autodestructeur, la première étape sera de maîtriser cette dépendance. En général, les programmes en 12 étapes sont très efficaces pour amener de tels changements. Tandis qu’il est vrai que selon la perspective du Cours ces programmes ne résolvent pas la source sous-jacente de la détresse, le fait de développer une certaine discipline et d’avoir un certain contrôle sur des comportements autodestructeurs est souvent un premier pas essentiel dans le processus.

En tant qu’étudiants du Cours nous devrions reconnaître que de telles interventions peuvent vraiment aider et qu’il y aura également d’autres étapes à franchir. Tout ce qui tend à résoudre un problème au niveau du monde au lieu d’en traiter la cause sous-jacente dans l’esprit, le Cours l’appelle magie. La majorité des gens mènent leur vie en utilisant la magie, la plupart du temps sinon tout le temps pour faire face à ce qu’ils considèrent comme problèmes. Dans la perspective du Cours les interventions pour traiter les problèmes de santé et de dépendance décrits ci-dessus seraient toutes considérées comme de la magie. Bien que le Cours enseigne que la magie ne guérit pas (T-2.IV.4:3) – la véritable guérison ne survient que lorsque la culpabilité à la suite de l’autocondamnation dans notre propre esprit est relâchée – on ne devrait jamais interpréter le Cours de façon à prendre position contre la magie. En fait Jésus dit bien que tant que notre peur est encore trop grande «il peut être sage d’utiliser une approche de l’esprit et du corps qui représente un compromis, en donnant croyance temporairement à l’action guérissante de quelque chose d’extérieur» (T-2.IV.4:6).

Plus encore – puisque toutes les formes dans le monde sont neutres et le Cours enseigne que nous devrions nous occuper seulement du but que nous lui donnons: «C’est la question que tu dois apprendre à poser à propos de tout. Quel est le but» (T-4.V.6:8-9), la clé, lorsqu’on utilise quelque chose comme un programme en 12 étapes pour régler un problème, par exemple une dépendance, serait de prendre conscience de la façon dont nous l’utilisons. Si vous l’utilisez pour renforcer votre croyance en la réalité de vos faiblesses et limites et comme moyen de vous voir séparé et différent des autres, il servira le but de l’ego. Si vous le voyez par contre comme un moyen d’être bon envers vous-même, de reconnaître que vous avez besoin d’une aide provenant d’en dehors de votre ego et que vous êtes comme tout le monde – malgré les différences quant à la forme de nos vies, nous sommes tous pris dans le piège de l’ego qui veut nous faire croire en la culpabilité, l’attaque et la peur – alors cela servira le but du Saint-Esprit. Il n’est pas rare non plus de trouver qu’on oscille entre ces deux buts.

Bien entendu, vous avez raison de dire que le Cours et le programme en 12 étapes ne sont en fin de compte pas conciliables en tant que voies spirituelles – ils soutiennent des choses différentes et toute tentative de les combiner diminuerait considérablement l’efficacité des deux. Vous trouverez peut-être que cela vous aide de vous rappeler en suivant le programme en 12 étapes que le seul problème est notre dépendance de la culpabilité dans notre esprit, dont nous croyons qu’elle nous «protège» de l’amour. Nous projetons cette culpabilité hors de nous dans les différentes formes de conflit dans notre vie pour éviter de prendre contact avec le vrai problème dans l’esprit. La toxicomanie n’est qu’une des nombreuses formes de conflits extérieurs que nous avons échafaudées dans le monde pour éviter de regarder la culpabilité au-dedans. Mais si vous avez compris la raison pour laquelle vous avez mis en place le problème de toxicomanie, vous pouvez lui donner un autre but.

La toxicomanie, plutôt que d’être le vrai problème, est donc vue comme un symptôme ou la manifestation du problème sous-jacent de la culpabilité dans votre esprit. En admettant le problème extérieur, vous ouvrez un chemin pour reprendre contact avec le problème de culpabilité enfouie profondément dans votre esprit. En relâchant la culpabilité et les jugements que vous avez associés à votre dépendance, vous allez vous rendre compte que le besoin de vous défendre contre la culpabilité dans votre esprit que cette dépendance avait engendré diminue avec le temps. Par conséquent, le but ultime de votre travail de guérison n’est pas le problème extérieur de la toxicomanie, mais la culpabilité enfouie dont il vous permet de prendre conscience. Toutefois, en examinant à fond votre problème de dépendance tout en repérant ceux que vous blâmez peut-être de vous y avoir induit et en évaluant ses effets sur vos relations présentes et passées – où le programme en 12 étapes peut beaucoup aider – vous en arriverez à retracer votre culpabilité en passant par ses «chemins tortueux» (T-15.X.5:1) dans la forme jusqu’à ses origines dans votre esprit où elle peut alors être défaite.


58 — Voir des «appels à l’amour»  

Q: Récemment, lors d’une dispute avec ma femme, je me suis tourné vers le Cours pour trouver de l’aide et j’ai lu le passage au sujet de voir seulement une expression d’amour ou un appel à l’amour. Un peu plus tard, j’ai pu me rapprocher d’elle avec affection. Je constate que je ne considère pas ses petites colères et ses irritations gênantes comme assez «importantes» pour les qualifier d’appels à l’amour. Il me semble préférable de ne pas les prendre au sérieux, bien que je sois contrarié parce qu’elles m’enlèvent le sentiment de succès que j’avais en pratiquant le Cours lorsque je l’appliquais à la querelle. Est-il préférable d’ignorer ces petites irritations ou devrais-je également les voir comme des appels à l’amour?

R: En fait, nous lisons dans le Cours que tout est soit une expression d’amour soit un appel à l’amour (T-14.X.7). Par conséquent, lorsque quelqu’un fait un esclandre, quel qu’il soit, grand ou petit, c’est toujours un appel à l’amour, et le Cours nous demande de répondre avec amour. Si nous répondons avec autre chose que l’amour cela vient de l’ego, et nous sommes dans la même situation insane que l’autre: nous aussi appelons à l’amour. Il est très important dans notre pratique du Cours d’être vigilant quant à chaque sentiment sous-jacent et chaque réaction dans nos expériences et relations. Même quand il paraît que nous minimisons les choses ou attendons à ce qu’une explosion s’apaise, il y aura sans doute du désagrément, de l’irritation ou des jugements. Comme c’est si clairement dit dans le Cours: «Le degré de l’émotion que tu éprouves n’a pas d’importance. Tu deviendras de plus en plus conscient qu’une pointe minime d’irritation n’est rien d’autre qu’un voile tiré sur une intense fureur» (L-I.21.2:4-5). Cela place toutes nos interactions dans la même catégorie: il n’y a pas de distinction entre «grandes» ou «petites», ni quant aux appels à l’aide ni à nos réactions à ceux-ci. Le Cours nous dit qu’un choix de se détourner de la lumière du Saint-Esprit dans nos esprits, de rejeter notre paix en niant notre unité avec Dieu, précède la situation ou l’interaction qui semble causer notre réaction. La culpabilité et la douleur liées à ce choix sont la source de ce qui apparaît sous forme de colère, d’agacement ou d’irritation. Et puis nous nous trouvons dans une situation ou interaction avec quelqu’un, et nous l’utilisons pour y projeter notre culpabilité sous forme d’une réaction ou, comme nous dit le Cours, d’«une interprétation»: «Cela aidera peut-être de rappeler que nul ne peut être en colère contre un fait. C’est toujours une interprétation qui suscite des émotions négatives, indépendamment de leur justification apparente par ce qui paraît être des faits. Indépendamment aussi de l’intensité de la colère soulevée. Elle ne sera peut-être qu’une légère irritation, trop faible peut-être pour être même clairement reconnue. Ou elle peut aussi prendre la forme d’une rage intense, accompagnée de pensées de violence, fantasmées ou apparemment réalisées. Peu importe. Toutes ces réactions sont les mêmes. Elles obscurcissent la vérité, et cela ne peut jamais être une question de degré. Ou la vérité est apparente ou elle ne l’est pas. Elle ne peut pas être partiellement reconnue. Qui est inconscient de la vérité doit voir des illusions» (M-17.4). Que la vérité est obscurcie peut être compris à deux niveaux: 1. nous avons fait un choix, comme cela a été expliqué ci-dessus, qui nous cause douleur, colère ou irritation, et maintenant nous blâmons une personne ou une situation; 2. ni ce choix ni la culpabilité que nous éprouvons à son sujet ne peuvent avoir le moindre effet sur l’amour du Père pour nous ni sur notre amour pour le Père. Autrement dit, rien n’est arrivé. Il est clair qu’il n’y a ni degré ni distinction dans tout cela: nous exprimons l’amour ou nous faisons appel à l’amour. Nous sommes en paix ou pas en paix, nous suivons la vérité ou l’illusion, nous regardons avec l’ego ou avec le Saint-Esprit.

Par conséquent, notre pratique du Cours est toujours optimale, que nous appliquions ses enseignements à quelque chose d’apparemment insignifiant ou à quelque chose dont nous jugeons que cela menace notre vie. Rien n’est trop petit ni trop grand. Cela signifie aussi que chaque situation est importante pour notre apprentissage et qu’on ne devrait rien négliger ni laisser courir. La décision de voir différemment, d’écouter l’interprétation du Saint-Esprit, nous apportera la même paix, peu importe le genre de situation fâcheuse dans laquelle nous croyons nous trouver. Il est peut-être également utile de se souvenir que «[…] la vision du Saint-Esprit est miséricordieuse et Son remède est rapide. Ne cache pas tes souffrances à Sa vue, mais apporte-les-Lui avec joie. Dépose toute ta douleur devant Son éternelle santé d’Esprit et laisse-Le te guérir. Ne laisse aucune trace de douleur cachée à Sa lumière, et cherche avec soin dans ton esprit toutes les pensées que tu pourrais craindre de découvrir. Car Il guérira chaque petite pensée que tu as gardée pour te blesser, la lavera de sa petitesse, et la rendra à l’immensité de Dieu» (T-13.III.7F2-6).


59 — Comment pardonner

Q: Après tout ce temps à étudier le Cours, je n’ai toujours pas vraiment saisi ce qu’est le pardon véritable. Disons que mon esprit d’ego étiquette quelqu’un de pauvre type. Bon, je sais qu’à un certain niveau c’est impossible que cette évaluation soit juste – je ne le connais pas vraiment et en outre je ne peux pas juger quelqu’un, même s’il m’arrive de le faire. Alors, quel est le prochain pas? Non seulement ai-je porté un jugement injuste, mais j’ai fini par m’en sentir coupable.

R: Lorsque vous prenez quelques minutes pour réexaminer vos jugements sur quelqu’un d’une autre manière, comme vous le décrivez dans votre question, vous avez entamé le processus du pardon: «Une lumière est entrée dans les ténèbres» (M-1.1:4). La première étape est d’être désireux d’admettre que notre évaluation est fausse et qu’il y a une autre façon de voir cette personne. Les étapes suivantes sont le désir de lâcher prise du jugement initial, de demander une autre façon de percevoir et d’accepter la nouvelle perception quand elle se présente. Cela ne veut pas dire que vous ne verrez plus des gens faire des sottises. Cela signifie que vous ne confondrez pas leur véritable identité avec leur comportement sot et ne les condamnerez pas pour cela ni le considérerez comme un «péché». Les gens font et disent des sottises, c’est un fait. Il y a donc deux interprétations: l’une, selon l’ego, est que ce comportement sot fait de quelqu’un un «pauvre type», et l’autre, selon le Saint-Esprit (le pardon), est que le comportement sot ne change pas le fait réel qu’il n’est pas un «pécheur» et ne mérite pas notre condamnation. Cela s’applique également au jugement contre vous-même. On pourrait dire que traiter quelqu’un de «pauvre type» est un comportement sot. Cela ne veut pas dire que vous êtes un pécheur et méritez d’être puni, mais plutôt que vous avez commis une erreur et avez besoin d’une nouvelle perception, d’une correction, du pardon. La culpabilité qui semble se trouver à la fin du processus après avoir jugé quelqu’un d’être un «pauvre type» était en fait déjà dans l’esprit avant cette «attaque». La culpabilité a été projetée sur le «pauvre type» sous forme d’un jugement qui semble ensuite causer la culpabilité. C’est un exemple de ce qu’enseigne le Cours: «Les idées ne quittent pas leur source, et leurs effets n’en sont séparés qu’en apparence. Les idées sont de l’esprit. Ce qui est projeté au-dehors, et semble être extérieur à l’esprit, n’est pas du tout à l’extérieur, mais un effet de ce qui est au-dedans et n’a pas quitté sa source» (T-26.VII.4:7-9).

L’origine du processus est une pensée de séparation dans l’esprit, suivie d’un jugement contre vous-même pour cette pensée et de culpabilité pour l’avoir eue. La culpabilité est ensuite projetée sur quelqu’un sous forme d’attaque et puis revient dans l’esprit sous forme de culpabilité à cause de l’attaque. C’est le raisonnement circulaire du jeu de culpabilité de l’ego. Le pardon demande que nous reconnaissions la pensée initiale et acceptions la responsabilité du processus. La façon de vous pardonner la pensée initiale de séparation est d’offrir le pardon au «pauvre type» en le voyant comme n’étant pas différent de vous, c’est-à-dire qu’il a besoin de guérison et de correction et qu’il n’est pas différent quant à sa véritable identité en tant que saint Fils de Dieu: «Ne laisse pas la forme de ses erreurs te garder loin de celui dont la sainteté est tienne. Ne laisse pas la vision de sa sainteté, dont la vue te montrerait ton pardon, t’être cachée par ce que les yeux du corps peuvent voir. Ne laisse pas la conscience que tu as de ton frère être bloquée par ta perception de ses péchés et de son corps. Qu’y a-t-il en lui que tu voudrais attaquer, sinon ce que tu associes à son corps, que tu crois capable de pécher? Au-delà de ses erreurs est sa sainteté et ton salut. Tu ne lui as pas donné sa sainteté, mais tu as tenté de voir tes péchés en lui pour te sauver toi-même. Et pourtant, sa sainteté est ton pardon» (T-22.III.8:1-7).


60 — Dire des pieux mensonges

Q: Il me semble me souvenir d’un passage voulant que l’emploi de «pieux mensonges» puisse parfois être approprié dans les rapports avec certaines personnes. Que Jésus veut-il donc dire? Il me semble que la seule parallèle est un texte du programme en 12 étapes selon lequel nous devrions toujours essayer de faire amende honorable, sauf lorsque cela serait encore plus nuisible.

R: Nous avons tous vécu des moments où il est évident que dire la vérité à quelqu’un au niveau de la forme n’est tout simplement pas aimant. Bien qu’il n’existe aucun passage dans le Cours où les «pieux mensonges» sont concrètement mentionnés il y a deux passages qui abordent cette question et qui se rapportent au propos du programme en 12 étapes que vous mentionnez: «Ce n’est pas dans la manière dont elle s’exprime que réside la valeur de l’Expiation. En fait, si elle est utilisée véritablement, elle s’exprimera inévitablement de la façon qui pourra le plus aider le receveur. Cela signifie qu’un miracle, pour atteindre sa pleine efficacité, doit être exprimé dans un langage que le bénéficiaire peut comprendre sans peur. Cela ne signifie pas nécessairement que ce soit le plus haut niveau de communication dont il est capable. Cela signifie toutefois que c’est le plus haut niveau de communication dont il est capable maintenant. Le seul but du miracle est d’élever le niveau de communication et non de l’abaisser en augmentant la peur» (T-2.IV.5).

Dans un autre passage Jésus dit: «Reconnais ce qui n’a pas d’importance, et si tes frères te demandent quelque chose de “choquant”, fais-le parce que c’est sans importance» (T-12.III.4:1). Surtout il précise cela plus loin en disant: «Je t’ai dit que si un frère te demande une sottise, de le faire. Mais sois certain que cela ne signifie pas de faire une sottise qui le blesserait ou te blesserait, toi, car ce qui blesserait l’un blesserait l’autre» (T-16.I.6:4-5).

L’élément clé de l’approche du Cours est l’honnêteté, la deuxième des dix caractéristiques d’un enseignant de Dieu, qui est décrite dans le manuel pour enseignants (M-4). Jésus dit que l’honnêteté signifie la cohérence: «Rien de ce que tu dis ne contredit ce que tu penses ou fais; aucune pensée ne s’oppose à aucune autre pensée» (M-4.II.1:6). Autrement dit, il y a cohérence entre vos paroles (la forme) et vos pensées (le contenu). Si nous mettons de côté tout investissement de l’ego dans la situation, alors il n’y aura que l’amour qui coulera à travers nous, et il sera exprimé sous la forme appropriée à la situation donnée. L’accent porte sur le contenu dans notre esprit. Si nous sommes bons au-dedans, nous serons bons en dehors. Ainsi notre attention devrait porter sur la recherche de tout manque de bonté qui pourrait se camoufler dans nos pensées et sur la demande d’aide pour en lâcher prise. Une fois passé outre au manque de bonté, tout ce que nous dirons ou ferons sera bon, sous une forme adaptée aux circonstances.

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